Web 2.0 : des usages non plus individuels mais surtout collectifs

Publié le par ERBVM



L'expression « web 2.0 » s'est banalisée mais cache pourtant une rupture due à l'explosion de la bulle Internet. Comment les professionnels de l'ID ont-ils intégré cette vague 2.0 ?

La vague 2.0 n'a pas surpris - et encore moins déstabilisé - la communauté ID. Cette situation s'explique par le fait que, depuis une quinzaine d'années, les professionnels de l'ID ont été plongés dans l'Internet, dès leur période de formation initiale, comme dans un environnement naturel et central, un « biotope ». Sur ce plan, les écoles professionnelles ont joué un rôle décisif. Or, dès l'époque du web 1.0, ce qui intéressait le plus ces professionnels, c'était l'aspect social, les usages non seulement individuels mais surtout collectifs (les forums, les mailing lists, etc.). Le web 2.0 est donc apparu comme une augmentation des potentialités sociales de leur univers quotidien et non comme la remise en cause d'une représentation figée de l'internet.

Voilà pourquoi on observe une bonne réactivité aux innovations du web social, même si celles-ci sont très diversement intégrées dans les pratiques quotidiennes. Cette diversité est inhérente au principe du 2.0 : la multiplication des outils librement accessibles et le pullulement des usages offrent un paysage très varié. Dans tous les cas, le web social n'a pas été imposé de l'extérieur à la communauté ID. Ce sont les professionnels qui ont capté les innovations et les ont utilisées dans leurs organisations, souvent en position d'initiateurs. C'est là peut-être qu'il y a rupture. Car cette position d'initiateurs d'usages est aux antipodes de celle de la décennie 1970-1980 au cours de laquelle les choix d'outillage informatique lourds s'imposaient d'une manière verticale, en excluant toute créativité des usages.



En quoi les outils du web 2.0 peuvent-ils renouveler et féconder les pratiques documentaires ?

Les outils du web 2.0 sont nés de la culture Internet. Ils ne sont pas des adaptations techniques d'outils plus anciens, comme par exemple, les interfaces web des bases de données conçues pour le web dans les années quatre-vingt-dix. Ils supposent l'existence d'une population déjà acquise au mode de fonctionnement en réseau numérique. Ces outils se caractérisent par leur modularité, leur hybridité et l'infinité des usages qu'ils suscitent. Cette fécondité submerge toute tentative de formalisation excessive. Il n'y aura peut-être jamais de retour à l'ordre des pratiques documentaires. L'avenir est plus probablement tourné vers les « affinités électives » des communautés de personnes qui se plaisent à échanger et à travailler ensemble. C'est la séduction et le ludique qui polariseront les énergies. Cet hédonisme, ce « spontanéisme » apparents n'annihilent pas les bonnes pratiques, l'organisation ni la régulation. C'est l'enjeu de ce qu'on cherche aujourd'hui à tâtons à travers les « gouvernances ».


Bertrand Sajus, chargé d'études documentaires,  exerce actuellement des fonctions de veille au ministère de la Culture et de la Communication. Il a coordonné, dans le dernier numéro (2009-1) de la revue Documentaliste - Sciences de l'information, le dossier « Web 2.0 et information-documentation : évolution ou révolution ? », un thème qui sera repris lors d'une journée d'étude le 7 juin prochain.

Source l'Oeil n° 39 ADBS mars 2009
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Publié dans WEB 2.0 et 3.0

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